CD anti-police: deux agents de Bobigny et un rappeur écopent d'amende.
BOBIGNY (AFP) : Le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné lundi pour diffamation et injure un rappeur et deux employés de Bobigny pour une chanson caricaturant la police sur un CD distribué en 2004 par la ville à 4.000 collégiens et lycéens, leur infligeant jusqu'à 3.000 euros d'amende.
Lyazid Berkiouen, 28 ans, chanteur du groupe Menaces Verbales, le seul à ne s'être pas présenté à l'audience du 23 avril, a écopé d'une amende de 1.500 euros, comme Abdeljalil Dieng, 38 ans, chargé de projet au sein de Canal 93, une institution dépendant de la municipalité de Bobigny qui a édité ce CD pour un projet pédagogique.
Le directeur par intérim à l'époque de Canal 93, Yazid Belouchat, 47 ans, s'est vu infliger la plus lourde amende (3.000 euros). M. Belouchat et Dieng ont fait appel.
Cette décision visant les agents de Canal 93 est conforme aux réquisitions du procureur, qui avait par ailleurs demandé 1.000 euros d'amende contre chacun des trois rappeurs interprètes ou auteurs poursuivis pour deux titres - sur les douze du CD - évoquant des contrôles de police.
La 14e chambre a relaxé en revanche Tomy et Herman Mendy, du groupe Kam's, jugeant que leurs textes "pas très positifs sur la police" et "dans un jargon pas toujours très clair" relevaient malgré tout "de la liberté d'expression d'un artiste".
Les poursuites avaient été engagées après une plainte du ministre de l'Intérieur de l'époque, Dominique de Villepin.
Le seul titre jugé diffamatoire, intitulé "Disc-rime-mine-nation", prête à des policiers "fachos fâchés" un flot d'injures en direction d'un jeune "bougnoule", tirées du film "Ma 6T va Crack-er" (interdit aux moins de 16 ans), sorti en 1997.
Les deux fonctionnaires de Bobigny "n'ont fait que servir la liberté d'expression des artistes", s'indigne lundi dans un communiqué la maire de Bobigny, Catherine Peyge, à l'époque maire-adjointe chargée de ce projet de CD.
La relaxe prononcée dans ce dossier "rend encore plus injustifiées les peines d'amendes prononcées dans le cas du second texte", ajoute Mme Peyge, alors que, précise-t-elle, "les auteurs de la bande-son du film n'ont jamais été poursuivis".
Elle "s'indigne que le tribunal ait esquivé le fait qu'(elle) assume devant lui (...) la pleine et entière responsabilité de l'édition et de la distribution de ce CD".
Citée à se demande comme témoin, elle avait affirmé lors du procès avoir écouté le CD avant qu'il ne soit diffusé, contrairement à ce qu'elle avait affirmé lors de l'enquête.
Compte-tenu de ce revirement, le tribunal a expliqué lundi "avoir décidé de ne pas tenir compte de son témoignage".
Me Patrick Roulette, avocat des rappeurs relaxés, a qualifié de "surprenante" cette condamnation, avançant lui aussi l'argument que les textes attaqués étaient "extraits de la bande-son d'un film projeté en salle".
Selon Me Roulette le film a été "soutenu à l'époque financièrement par la ville de Meaux" (Seine-et-Marne), dont Jean-François Copé est le maire, ce qui a été "formellement démenti" lundi par la ville.